Martin

Journal De Bord

Journal de bord de mes activités scientifiques

Je vais consigner ici un journal de bord de mes travaux de recherche avec pour objectif de faire connaître mon travail aux amis. Je vais tenter de rendre tout ceci le plus intelligible possible. Aussi j'aimerais que vous m'écriviez par courriel si vous voulez que je donne plus de détails sur certains points qui vous semblent compliqués. Vous n'avez qu'à m'écrire au martin.aube@cegepsherbrooke.qc.ca.

Semaine du 24 au 29 mai

Dernière semaine de travail ici, ensuite nous partons pour la France avant de retourner à St-Camille. Cette semaine sera consacrés surtout à l'expédition du matériel scientifique vers le Québec et j'aurai une rencontre bilan avec mes collègues ici. Il est aussi possible que je me rende au Teide pour assister aux test de la compagnie Cimel sur notre futur photomètre lunaire.

Semaines du 9-22 mai

Je fignole le rapport et parallèlement j'écris une publication conjointement avec Miroslav Kocifaj, un astronome Slovaque. Je trouve formidable de pouvoir travailler concrètement sur un projet scientifique avec un collègue que je n'ai jamais rencontré grâce à l'internet bien entendu.

Cette mission aura été «rentable» sur le plan scientifique. En plus d'avoir développé une méthodologie qui pourra être appliquée ailleurs et qui pourra éventuellement aider à sauver les derniers oasis de ciel étoilé, j'aurai deux publication en poche. Yé!

Semaine du 2 au 8 mai

Poursuite du rapport c'est un travail tout de même assez exigeant car c'est à ce stade que je fais l'analyse des résultats.

Semaine du 25 avril au 1er mai

Début du dernier mois ici. J'ai fait un rush de travail car j'avais peur de ne pas avoir le temps de finir pour le 31 mai. Finalement le travail a tellement avancé vite que je peux maintenant me relaxer un peu. Je me consacre à la rédaction du rapport et j'ai aussi commencé en parallèle à monter une demande de subvention pour un projet conjoint avec la Chine. Je me surprend à aimer faire ce travail de demandes de subventions. Suis-je en train de devenir un presque prof d'université? Il y a aussi des possibilités pour que je supervise un étudiant de doctorat en septembre. C'est un ancien qui a fait le projet graphycs au cegep sous ma direction. Ce serait le 2e étudiant du graphycs que j'aurais la chance de superviser aux études graduées... La traduction de l'entente de partenariat entre le cegep et un centre de recherche chinois vient d'être terminée. Si tout va bien, je retournerai à Hefei cet automne pour mettre en place mon appareil de détection des aérosols nocturnes. Avec l'avance que j'ai pris dans mon travail ici, je place maintenant un après-midi/soirée par semaine pour la randonnée. Cette semaine je suis allé faire une rando avec Elsa dans le parc du Teide. Nous avons tenté l'ascension du pico Viejo mais avons manqué de temps et n'avons pu atteindre le sommet. Il manquait seulement 30 minutes. La randonnée a durée 6h mais nous sommes revenus juste à la fin du crépuscule. Une fois encore ma formation en astro m'a été utile. Je ne voulais pas marcher de nuit dans ce sentier de pierres volcaniques. Notez que je demeure toujours dubitatif sur mes compétences car j'avais pris soin d'apporter ma lampe frontale au cas où...

Semaine du 18 au 24 avril

J'ai réduit et traité tous les spectres mesurés à La Palma et Tenerife. J'ai aussi généré les figures et graphiques pour le rapport et pour le dvd de données que je veux laisser ici. J'ai enfin fini par procéder au calibrage du modèle avec les mesures terrain. Le problème est que les données satellites de luminosité artificielle sont en unités relatives non calibrées ce qui se répercute sur le modèle qui demeure non calibré jusqu'à la fin. Autrement dit je ne peux directement comparer un calcul du modèle avec la réalité. Seules les variations relatives sont significatives. En mettant en comparaison les résultats du modèle avec les mesures, j'ai pu établir une droite de corrélation entre les deux qui m'indique en quelque sorte le facteur à appliquer à mes données modélisées pour qu'elles représentent la réalité de façon absolue. Chose qui m'a surpris et tout à fait sans signification profonde, la valeur du coefficient de calibrage est de l'ordre de grandeur de l'unité.

Semaine du 11 au 17 avril

Nouvelle séquence d'observation au Teide. J'ai deux nuits (claires) à faire et des données de jour en concordance avec le photomètre solaire de Izana pour fins de calibrage photométrique. Le photomètre de Izana est considéré comme une des deux références mondiales de calibrage (l'autre est au Mauna Loa, Hawaii). Je suis vraiment sur un site idéal pour faire mes travaux.

Martin l'astrophysicien capturé par une des webcam de l'observatoire du Teide

Ma dernière séquence d'observation se termine avec succès. J'ai eu deux nuits claires (juste ce qu'il me fallait). Je descend la dernière fois la montagne la 17 avec un petit pincement au coeur car j'aimais bien ces ballades en montagne. L'impression de conduire une auto de course dans ce type de chemins et l'odeur ainsi que l'insolite apparence de la forêt d'eucaliptus (on ne peut pas poser ça avec une caméra!).

Semaine du 4 au 10 avril

Grosse semaine! Rencontre avec mes hôtes pour faire le bilan de l'avancement du projet. On se rend compte que 1- ma specialité c'est les aerosol la nuit et que la pollution lumineuse est un peu un à coté intéressant 2- que l'institut a un sous groupe en charge de la qualité du ciel dont le contenu en aérosol et 3- que ce groupe est intimement impliqué dans la caractérisation du futur site du European Extremely Large Telescope. Conclusion on veut me réinviter pour aider avec la mesure nocturne des aerosols. Il faut dire que j'ai développé une expertise presque unique dans ce domaine. Génial! Nous reviendrons pour quelques mois (si mes budgets de recherche sont reconduits bien sur). L'institut est disposé à avancer des frais pour aider. Cette semaine j'ai donné une conférence à l'institut. J'ai aussi rédigé une partie d'une publication conjointe en préparation avec Kocifaj.

Semaine du 28 mars au 3 avril

Cette semaine je termine la préparation/optimisation de mon modèle et du programme de génération de paramêtres d'entrée. Il faut dire que je teste 1380 configurations dirrérentes en faisant varier, la longueur d'onde ou couleur de la lumière (5 longueurs d'ondes), l'angle de visée de l'appareil simulé (17 directions), la période (2 périodes, avant et après minuit), le contenu en aérosol ou épaisseur optique (4 épaisseurs optiques), et deux sites d'observation (les deux observatoires). Bien entendu il me fallait un programme pour générer ces fichers. Cela représente environ 5 Gb de données... Des années de travail à la main fait en quelques heures. La mise à niveau de Mammouth me sera três profitable car les nouveaux ordinateurs semblent a peu près 10x plus rapides que ce que le commun des mortel dispose normalement. J'ai évalué que sur un ordinateur normal mes calculs prendraient entre 50 et 100 ans pour se réaliser. Alors cela correspond à 5 à 10 ans sur un ordinateur du mammouth. Bien entendu je ferai appel à plusieurs ordinateurs à la fois. Actuellement par exemple il y en a 200 qui travaillent simultanément pour moi ce qui ramène le temps de calcul écoulé à 2 semaines maximum. Vive la technologie!


Partie de l'ordinateur Mammouth serie II
2464 coeurs (unités de calcul)

Semaines du 7 au 27 mars

Cette période est marquée par une campagne de mesure à l'observatoire Roque de los muchachos sur l'Ile de La Palma. La mission fut une totale réussite. Les conditions de ciel dégagé ont été formidables. J'ai eu le bonheur de voir le ciel le plus pur de ma vie. Ce qui est étrange c'est qu'un ciel non pollué (au niveau de la lumière) ne donne pas l'impression d'un ciel noir comme j'aurais pu le penser. En réalité le nombre maximal d'étoiles visibles à l'oeil nu dans de telles conditions est facilement atteint, alors les autres étoiles qui constituent notre galaxie créent une nébulosité diffuse un peu comme la Voie Lactée mais à la grandeur du ciel. On a donc l'impression que le ciel est blanc, lumineux. Je ne suis pas certain que le profane puisse apprécier un tel ciel à sa juste mesure. Bien entendu avec mes mesures spectrales qui permettent de distinguer le fond stellaire de la lumière artificielle, la "noirceur de ce ciel" est évidente, d'oû l'intérêt de mon appareil! J'ai pu observer à tous les soirs la lumière zodiacale. C'est très impressionnant. À la fin de ma mission et durant la semaine du 21 mars, j'ai travaillé à améliorer mon modèle. J'ai ajouté les effets d'ombrages qui, pour une raison inconnue, n'avaient jamais été programmés. J'ai aussi optimisé le calcul du volume de double diffusion. J'ai de plus implanté une résolution spatiale variable. Plus les sources sont proches de l'observateur, plus la résolution est grande. Toutes ces améliorations ont pour effet d'accélérer grandement l'exécution du modèle.

Panorama de mon site d'observation à La Palma 

Semaine 8: 28 février au 6 mars

Je travaille très fort à préparer les modélisations que je lancerai sur la superordinateur Mammouth. Merci à Jean-Denis Giguère qui m'a énormément aidé dans cette tâche. J'ai appris cette semaine que le Mammouth sera fermé pour rénovations du 14 au 23 mars. Je pense que ce sera un peu serré pour lancer mes calculs avant cette date car ils risquent de ne pas avoir le temps de s'exécuter en entier. Je décide de reporter le début des calculs au 24 mars. Ce sera le lendemain de mon retour de La Palma. Parallèlement à mes préparatifs de modélisation, j'ai débuté l'écriture du rapport final, ce sera moins long et fastidieux que d'attendre à la fin. J'écris le tout en ligne, vive le wiki! Cette semaine j'ai aussi testé mon spectromètre qui est toujours fonctionnel à 100%. J'ai même fait une mise à niveau de l'ordinateur de contrôle. J'ai aussi contacté le gestionnaire de l'observatoire de La Palma pour connaître les détails d'accès au site (code d'accès etc). J'ai aussi demandé d'avoir une visite du plus gros télescope au monde pour toute la famille. Je prends conscience cette semaine que je consacre une part assez importante de mon temps à l'apprentissage de l'espagnol depuis mon arrivée ici et cela commence à porter fruit. Cette semaine je me suis fait dire à deux reprises à quel point mon espagnol était bon (tout est relatif).

Semaine 7: 21 au 27 février

Retour à la vie de bureau diurne. Cette semaine commence par la mise à jour d'usage dans mes courriels et de mon dépôt de logiciels. Je travaille aujourd'hui à définir les types de luminaires qui seront utilisés pour la modélisation des Iles. J'attribuerai un type de luminaire générique pour chaque Ile. Je pourrai ainsi tenir compte des différences de dispositifs et réglementation pour chaque Ile. Je suis retourné à l'observatoire du Teide mais en matinée cet fois. Le but était de récupérer mon instrumentation. Comme les autre fois, voir le pic du Teide était un ravissement. Ce dernier avait fraîchement revêtis son manteau hivernal. La prochaine campagne de mesure se tiendra sur l'Ile de La Palma. Je vais vérifier que tout fonctionne correctement avant de partir.

Semaine 6: 14 au 20 février

La température n'est pas de notre côté. Mathieu à tout juste réussi à faire 3 bonnes poses en deux nuits et a essuyé verglas, pluie et vents violents. Les prévisions pour le reste de la semaine ne sont pas très bonnes. Enfin on ne sait jamais peut-être y aura-t'il des bonnes surprises météo. Je crois que je vais ajouter une période d'observation à la nouvelle lune d'avril pour me rattraper. Vendredi dernière chance d'observation pour Mathieu et dernière nuit de la période autour de la nouvelle lune. Je décide de passer le début de nuit avec Mathieu. J'invite Elsa qui viendra vivre l'expérience du Teide la nuit. À la moitié de la montée, la route est barrée pour cause de neige. Nous devons rebrousser chemin. C'est dommage car le ciel s'annonçait beau! Cette semaine, pendant que Mathieu veillait au grain (d'étoiles), j'ai pu terminer mon programme de génération d'inventaire d'éclairage à partir des images satellites (luminosité nocturne et réflectance du sol).

Semaine 5: 7 au 13 février

Cette semaine marque le début des observations à l'observatoire du Teide. Je suis monté pour la première nuit mardi le 9 février. J'avais préalablement changé d'auto de location car je trouvais qu'il y avait une odeur louche sur la première et je ne voulais pas prendre de chance avec les routes de montagnes. Je suis parti vers 16h45 de la maison. Le trajet a pris à peine 40 min. Je voulais arriver en avance pour avoir le temps de récupérer la clef du cielo nocturno. C'est l'endroit ou je peux m'installer pour contrôler mon appareil qui reste dehors. En arrivant; pas de clef. Je cours partout pour trouver quelqu'un qui peut m'aider. J'y arrive enfin vers 18h30. Ensuite j'installe mon appareil et me rend compte que l'allume cigarette de l'auto ne fonctionne pas. Cela signifie que je ne peux pas alimenter mon appareil avec la batterie de l'auto. J'ai toutefois une batterie portative mais cela ne me laisse pas plus que 5 ou 6 heures d'autonomie. J'essaie de la brancher en parallèle avec la batterie de l'auto mais il semble y avoir un mauvais contact sur le connecteur qui permet d'attacher les câbles «à booster» sur la batterie portative. Je décide donc d'utiliser uniquement cette dernière, j'irai me coucher plus tôt c'est tout. Bon, il reste à installer le câble réseau pour pouvoir contrôler l'appareil à partir du bâtiment. Malheureusement mon câble n'est pas assez long! Je vais souper et je réussis à parler au responsable de la maintenance qui me prête un câble «à booster». Ça marche! Je démarre la séquence de mesure, quatre poses de 2h chacune vers le zénith. Lorsque je retourne voir l'état d'avancement vers la fin de la première pose, le système est gelé. Je ne sais pas pourquoi, ça ne s'est jamais produit auparavant. Je pense que c'est peut-être mon serveur web qui a mal fonctionné. Je devrais essayer de le réinstaller plus tard. En attendant je peux toujours le contrôler en mode texte. Je relance une série de 3 poses de 2h, il est 10h45! Demain la journée sera bien chargée, il faudrait que je passe à la location d'auto pour changer de véhicule et ensuite aller acheter un câble réseau plus long.

Entre les observations, j'ai conçu un programme qui permettra de convertir les données de radiance du capteur satellitaire OLS-DMSP en luminosité de lampes. Ce programme permettra de créer rapidement la carte des lampadaires sur les Iles Canaries sans avoir à parcourir le territoire ou disposer d'un inventaire complet. La beauté de la chose c'est que la méthode sera transférable à toute région du globe. Pour réaliser la conversion, le programme prend en considération la réflectance du sol ainsi que le pourcentage de «uplight» qui doit être fourni par zones circulaires superposées. Dans mon cas je sais que les luminaires sur La Palma ont 0% vers le haut alors qu'en moyenne sur Tenerife c'est environ 3%. J'ai donc uniquement deux zones et une valeur par défaut pour le reste du domaine.

Ma première nuit (je devrais dire matinée) de sommeil a été trop courte. C'est toujours comme ça quand je commence une série d'observation. Je suis fatigué mais pourtant je ne dors pas tant que ca. Je me suis couché à 6h45. En fait le gardien n'était pas au poste et j'ai passé 1h30 à chercher quelqu'un qui pourrait m'ouvrir la barrière...

La deuxième nuit se passe bien, j'ai une nouvelle auto dont l'allume cigarette est fonctionnel. Je suis passé m'acheter un câble réseau et un polar plus chaud. Maintenant je contrôle mon système de l'intérieur de la bâtisse, c'est plus confortable. Je dois simplement sortir au 45 min pour changer la direction d'observation et m'assurer qu'il n'y a pas de nuages. J'ai maintenant ma clé du bâtiment et je peux la garder pour toute la durée de ma mission d'observation. Ce sera plus pratique. En arrivant sur le site ce soir, j'ai eu un spectacle merveilleux: l'ombre du Teide qui se projetais sur la mer de nuages au couchant. L'ombre pointait vers l'ile de Gran Canaria. Aussi on voyait très bien les Iles voisines, le temps est clair au-dessus des nuages. Hier j'ai fait des spectres du zénith maintenant je passe la nuit à échantillonner l'horizon (15 deg au-dessus de l'horizon). En faisant le trajet La Laguna - Teide j'écoute la radio. C'est assez étonnant, je comprends maintenant tout alors qu'il y a un mois je n'y pigeais rien. Je me suis fait l'oreille et ai appris de nouveaux mots. Cela m'encourage car je commençais à me demander si j'allais arriver à parler cette langue autrement que pour commander des repas au resto. Maintenant je suis optimiste.

Cette semaine se termine par l'arrivée de Mathieu Fréchette qui viendra me remplacer à l'observation pour 5 nuits. Ça fait du bien d'avoir de l'aide et je crois qu'on pourrait dire que c'est une tradition maintenant bien installée. Mathieu est venu m'aider en 2005 en Californie-Arizona, en 2006 à Flagstaff Arizona et en 2007 à Micoua Québec.

Comme c'était la parade d'ouverture du carnaval de Tenerife, j'ai quitté la parade pour aller chercher Mathieu à l'aéroport déguisé en clown. Les enfants qui attendaient avec leurs parents ont bien aimé mes Hola!. Je crois que Mathieu était assez saisi par la situation...

Ce soir, dernier de la semaine, nous faisons une soirée d'entraînement pour Mathieu afin qu'il puisse opérer le spectromètre qui a change de logiciel de contrôle. Nous ne pourrons pas observer ce soir car l'image satellite infrarouge montre que ce sera parsemé de nuages jusqu'aux petites heures du matin au moins. En plus on annonce une alerte à l'orage en fin de nuit. Donc je pense qu'il sera sage de descendre plus tôt.

Semaine 4: 31 janvier au 6 février

Cette semaine a été marquée par un congé national et par une grosse tempête de pluie qui a endommagé passablement les Iles Canaries. Enfin aujourd'hui jeudi, je dois dire que c'est seulement la deuxième fois que je met les pieds à l'institut. Par contre j'ai réussi à travailler à la maison. J'ai ajouté la fonctionnalité de cartographier l'impact point à point dans mon modèle informatique. Ce changement fut plus difficile que je ne l'avais prévu mais c'est chose réussie. Pendant la grosse tempête, il a vraisemblablement neigé sur le Teide car ce matin (première journée de soleil radieux de la semaine) le pic du Teide est complètement blanc. C'est magnifique! Les gens ici disent que normalement il y a de la neige sur le Teide l'hiver mais il n'y en avait pas eu encore en raison d'un hiver spécialement chaud (il fait autour de 20C ici). Cette semaine j'ai aussi fait une petite parenthèse pour commencer à penser à la possibilité d'offrir une formation aux profs de sciences sur l'enseignement utilisant l'approche par problème et le travail collaboratif. J'ai été invité à donner une telle formation aux profs de sciences du cégep de Drummondville en décembre dernier et j'ai beaucoup aimé ça. Alors je me suis dit que je pourrais offrir la formation aux autres cégeps et même aux universités (du Québec ou d'ailleurs). J'ai commencé à écrire une page pour décrire ce que je veux offrir. Cette page est actuellement en construction mais vous pouvez la consulter ici http://cegepsherbrooke.qc.ca/~aubema/index.php/APPWiki/APPCP. J'ai terminé de préparer mon cahier d'observation pour ma première mission qui débute lundi prochain par une nuit de mesure au sein même de La Laguna dans le stationnement de l'institut. J'ai avisé le gestionnaire de l'observatoire de ma visite imminente. J'ai aussi pris contact avec l'administrateur du site de photométrie solaire qui est installé sur le toît du département de physique de l'Université de La Laguna. Cet appareil mesure l'épaisseur optique des aérosols (la quantité de petites particules en suspension dans l'air) qui a une incidence directe sur le niveau de brillance artificielle du ciel nocturne. Je dois connaître ce paramètre pour faire une bonne analyse de la pollution lumineuse mesurée avec mon appareil. J'avais apporté un photomètre solaire portatif appartenant à l'Université de Sherbrooke mais je préfère utiliser les données de l'appareil local puisque l'analyse des mesures seront validées par des tiers spécialiste de cette mesure. C'est moins de travail pour moi et c'est probablement plus robuste car les mesures sont effectuées sur une base opérationnelle.

En plus de mes recherches propres, j'ai aussi corrigé un documents de présentation des résultats pour un doctorat en télédétection de l'Université de Sherbrooke. J'agit à titre d'évaluateur interne puisque je suis professeur associé au département de géomatique appliquée de cette université.

Semaine 3: 24 au 30 janvier

Durant la fin de semaine j'ai eu un éclair de génie. Il est possible de modifier mon modèle informatique pour que je puisse obtenir une carte points à points indiquant l'origine de la pollution lumineuse aux observatoires. J'aurais du y penser avant mais c'est ça la recherche! Donc j'aurai des résultats encore plus intéressants car je n'aurai pas à subdiviser le territoire en zones municipales. Je saurai l'impact que chaque point des iles à la pollution lumineuse et le plus beau c'est que ce résultat sera obtenu en une seule modélisation au lieu des 60 prévues initialement. Ce changement de méthodologie a un impact sur ma campagne de mesure sur le terrain qui visait à valider le modèle sur chaque zone. Maintenant je n'ai vraiment de besoin de mesurer qu'aux deux observatoires. C'est une bonne nouvelle car je considérais avec beaucoup d'appréhension l'idée de parcourir le territoire de nuit et de mesurer à proximité des routes étroites toujours à flanc de falaise. Je vais tout de même faire une mesure sur le site de l'institut dans La Laguna et je ferai deux mesures sur mes lieux de résidence à la Palma. Je passerai donc le reste des nuits aux observatoires soient 12 nuits à chacun d'eux. Cela me permettra de mesurer l'ensemble de la voûte céleste au lieu d'un seul point au zénith comme il était prévu. Cela ajoutera une plus value à cette base de donnée d'un point de vue astronomique. Cette semaine je suis seul avec les enfants car Maryse est en formation à Paris (pauvre, pauvre de elle, Ouahhh!). Mercredi je suis monté à l'observatoire avec l'équipe de protection du ciel nocturne afin que je me familiarise avec le site. Le repas la-haut était délicieux. Je crois que je mangerai là tous les soirs de mesures. Il faut compter 45 min de trajet pour atteindre l'observatoire dans une route en lacets adossée à la falaise. L'ile de Tenerife est extraordinairement escarpée! Le départ se fait vers 18h pour arriver un peu avant la noirceur en haut. Ensuite souper, et à 20h je suis prêt à débuter les mesures. Le crépuscule astronomique (lorsqu'il fait vraiment noir d'un point de vue d'astronome) débute vers 20h ici en cette saison. Ça me laissera à peu près 9 heures de nuit noire (ouf, ya pas juste à Winnipeg que les nuits sont longues). Heureusement que Elsa était ici cette semaine pour garder les enfants en ce mercredi soir! Le reste de la semaine j'ai beaucoup travaillé à la maison pour faciliter le «gestion» de la vie de famille. Pendant le rester de la semaine j'ai élaboré ma séquence d'observation pour échantillonner les cieux.

Au cours de cette semaine, j'ai testé mon appareil qui a fait le voyage par service postal. Il a subi quelques chocs et pris l'eau mais il semble dans un état acceptable. Compte-tenu du changement de stratégie expérimentale, je vais remplacer ma boîte qui abritait l'appareil par un trépied pouvant s'incliner à n'importe quel angle. J'ai trouvé un trépied ici à l'institut mais il ne possède pas de cercles horaires pour mesurer l'angle azimutal et zénithal. J'ai tenté de me procurer un autre trépied sans succès alors j'ai du me résigner à «gosser» des cercles horaire à partir de rapporteurs d'angles collés sur le trépied. C'est broche à foin mais ça marche! Durant la semaine j'ai voulu tester l'appareil dans mon bureau de l'institut mais 15 secondes après l'avoir branché, le disjoncteur de tout mon corridor a sauté!!! Bon, là c'est sur, je me suis fait remarquer... Je crois que c'est la barre de tension qui a flanché mais au départ je croyais qu'il s'agissait de mon convertisseur 220V à 110V. Pour pouvoir poursuivre mes test j'ai du trouver une batterie d'urgence car je suis équipé pour tranformer du 12V DC en 110V AC. Cela fonctionne bien. J'ai pu ainsi constater que les chocs du transport avaient légèrement désaligné l'optique du spectromètre. J'ai maintenant corrigé ce problème. Je suis prêt à débuter les observations.

Cette semaine nous avons trouvé une garderie pour Jean-Lou qui a tendance à s'ennuyer sans contact avec des enfants de son âge.

Observatoire du Teide 

Semaine 2 : 17 au 23 janvier

J'ai maintenant obtenu un espace de bureau et une clé. Il manque de bureau alors j'ai du d'abord travailler sur une table dans le centre de calcul. Cette semaine j'ai commencé à définir la zone de modélisation pour mon experience qui consiste à simuler par ordinateur la pollution lumineuse aux deux sites d'observations de l'ENO soient l'observatorio del Teide situé sur l'ile de Tenerife et l'observatorio del Roque de los muchaschos sur l'ile de La Palma. Je me suis aussi familiarisé avec la géographie des Iles. Entre autre j'ai superpose le plan des municipalités sur la carte afin de voir comment je pouvais découper le territoire pour mener à bien ma modélisation et ma campagne de mesure nocturne. En fait mon idée initiale était de diviser les deux iles en pointes (comme deux tartes) pour ensuite «allumer» une pointe à la fois afin de savoir l'impact de chacune sur la pollution lumineuse aux observatoires. L'objectif étant d'offrir un outil diagnostique pour savoir où il faut intervenir prioritairement pour protéger ou restaurer la qualité du ciel étoilé avec le plus d'efficacité possible. Il m'est vite apparu que l'idée des pointes de tartes n'était pas bonne et que je devais plutôt me baser sur les frontières municipales ainsi que sur la répartition des lumières artificielles. J'ai donc classé chaque municipalité par ordre d'importance en terme d'un indice composé de la population divisée par la distance par rapport à l'observatoire au carré. Cet indice donne une idée grossière de l'impact de chaque municipalité sur la pollution lumineuse à l'observatoire. J'ai regroupé certaines municipalités en grappe pour limiter le nombre de zones en respectant leur proximité géographique. Ce regroupement étant essentiel pour limiter le temps de calcul nécessaire à la modélisation. J'estime ce temps à 60000 heures-ordinateur (presque 7 ans de calculs sur un seul ordinateur). Heureusement j'ai un accès au superordinateur mammouth de l'Université de Sherbrooke qui permet de répartir le calcul sur plusieurs ordinateurs simultanément ce qui réduira la durée des calculs à environ deux semaines. J'ai aussi passé pas mal de temps à organiser la logistique de mon séjour à l'ile de La Palma du 9 au 23 mars. J'ai reservé l'hébergement et le transport en bateau. J'ai opté pour le transport en bateau (7 heures de traversée) pour deux raisons. Premièrement je pouvais ainsi apporter l'auto et deuxièmement cela coûte moins cher. La traversée est assez longue mais l'aller se fera de nuit en couchette et au retour j'aurai peut-être la chance de voir des baleines...

Domaine de modélisation
avec en superposition l'image
satellite DMSP-OLS montrant la luminosité
s'échappant verticalement.
Localisation des Iles Canaries

Semaine 1 : 10 au 16 janvier 2010

La première semaine fut essentiellement consacrée à l'installation de la famille sur l'ile et à mon installation au travail. Julie, ma soeur qui habite ici, nous a grandement aidé car bien que je possède des bases en espagnol, les choses fonctionnent très différemment ici. Nous avons trouvé un appartement au 4e étage directement sur la rotonda Milagrosa, à deux pas des bars, cafés, tascas (resto de tapas) et du vieux La Laguna. La rue piétonne qui mène à la plaza de la Conception débute juste en face de notre logement. De notre balcon, nous avons une belle vue sur la ville ainsi que sur la mer (en direction de Santa-Cruz de Tenerife). Nous avons aussi pris un cellulaire, une clé internet par cellulaire. Je me suis ouvert un compte en banque car ici beaucoup de choses passent par transfert bancaire entre personnes ou institutions (par ex. le loyer et la garderie). Nous avons inscrit Marie-Sophie à l'école (Collegio del Ortigal), elle se trouve dans la même classe que Marie-Esther sa cousine. Coté travail, j'ai obtenu une carte de securité pour accéder à l'institut et un code pour le réseau. Je travaille à l'instituto de astrofisica des canarias. Ce centre est en charge de la gestion de l'ENO (european northern observatory). C'est l'un des sites astronomiques les plus réputés au monde. Ce site comporte actuellement le plus grand télescope au mon le Gran Telescopio de Canarias (GTC).